La course aux classements des écoles de commerce

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A l’origine de cette publication, que j’ai envie de proposer depuis longtemps, il y a un article consulté sur le blog « Business Cool » traitant de la disparition du classement 2020 des écoles de commerce réalisé par le Figaro L’Étudiant (1) et dont la publication, autant que le retrait, ont fait réagir plusieurs acteurs de l’enseignement supérieur..

Quand la disparition d’un classement des écoles de commerce fait polémique

Si vous êtes un professionnel de l’éducation ou de l’enseignement supérieur, un lycéen ou un étudiant, vous connaissez très certainement ces divers classements publiés chaque année. Ils sont d’ailleurs souvent plus attendus par les dirigeants des écoles, que par les lycéens et étudiants, pourtant la cible principale de ces classements.
Il suffit de consulter les frais annuels de scolarité pour comprendre que ces écoles ne sont pas accessibles aux plus grandes nombres (de quinze à dix milles euros par an pour les 15 premières écoles du classement).
En l’occurrence celui qui nous intéresse est publié chaque année par le Figaro L’Étudiant et a été retiré de leur site web le 23 décembre dernier.
Mais alors que s’est il passé ? Pourquoi faire disparaître leur classement ?
À l’origine du retrait, plusieurs commentaires de directeurs et responsables pédagogique de ces mêmes établissements qui se sont « étonnés » des résultats du classement. Certains d’entres eux parlant même d’erreurs !
Et c’est là que l’histoire devient intéressante. Ceux là même qui s’interrogent sur les mouvements de places et la composition du podium, sont les mêmes qui donnent, aux travers des informations et remarques qu’ils livrent en commentaires, le bâton pour se faire battre.
A se questionner sur ce qui auraient pu influencer l’attribution des places, ils nous révèlent comment sont élaborés ces classements et nous informent suffisamment pour que l’on devine de nous-même que ces derniers sont alors plus que discutables.

Comprendre les dessous des classements

Profitons de l’occasion pour analyser en détails ce que nous apprend ce classement des écoles de commerce.

Le choix des écoles de commerce pouvant prétendre à une place au classement

Comme abordé dans le paragraphe précédent, on ne retrouve dans ce classement que des écoles dont les frais de scolarité sont très élevés. A croire que l’excellence en matière de formation ne serait accessible qu’aux bourses les plus aisées. Qui plus est, que l’excellence serait également proportionnelle au coût de formation.
Par ailleurs, on observe que ne sont considérées comme école de commerce qu’uniquement les écoles proposant un grade de master. Label attribué par le ministère de l’enseignement supérieur aux diplômes des écoles privées.
Sont, comme l’indique Le Figaro L’Étudiant (2), automatiquement recalées de leur classement les écoles proposant des diplômes inscrits au RNCP. Certification attribué par France Compétence, structure également étatique ayant pour missions la gestion des activités de formation professionnelle.
En dehors du fait que les orientations pédagogiques sont différentes (l’une plus académique, l’autre professionnelle) tous deux sont des diplômes délivrés et contrôlés par l’État. Alors, pourquoi proposer uniquement certaines écoles et pas l’ensemble, afin de donner une vision plus juste de l’offre de formation Française aux lycéens et étudiants ? Une question qui restera surement en suspens.

Quand les données des classements dépendent des écoles lauréates elles-même

Véritable outil de marketing et de communication pour les écoles en tous genres (business school, écoles d’ingénieurs, classes prépa, etc.) les classements sont utilisés par un grand nombre d’écoles pour justifier leurs diverses qualités (enseignants, pédagogie, relations entreprises, relations internationales, etc.).
Là où le bât blesse c’est que ces mêmes classement sont construits sur une base de données communiquée par les écoles elles-même.
On se demande alors pourquoi les organismes qui produisent ces classements s’en remettent, presque aveuglément, aux écoles elles-même pour récolter leurs données.
Imagine-t-on un instant un sondage politique où les tendances seraient fournies par les partis politiques concernés par le dit-sondage ? Impossible.
Il est donc légitime de se questionner sur la pertinence et la véracité des données transmises par les dirigeants de ces établissements. Il serait naïf d’imaginer que les informations et les chiffres communiqués ne le soient pas dans l’intérêt de l’école qu’ils dirigent. De là à imaginer qu’ils « habillent la mariée » il ‘y aurait qu’un pas.
Il est donc regrettable que des classements, ayant de l’influence sur des lycéens et étudiants dans leurs choix d’orientation, semblent si peu objectifs !

L’éthique des classements des écoles de commerce

Partant du fait que ces classements sont réalisés à partir de données peu vérifiées/vérifiables, une question apparaît clairement : Mais qui sont donc les auteurs des classements dans l’enseignement supérieur et pourquoi procéder ainsi ?
En l’espèce, l’origine de cet article est parti du débat que suscite la disparition du classement des écoles de commerce. Mais des classements il en existe beaucoup et dans tous les domaines. Business school, écoles d’ingénieurs, classes prépa, les écoles proposant de l’alternance, les grandes écoles, etc.
Parmi les organismes les plus connus qui produisent ces classements on retrouve Le Figaro L’Étudiant, Diploméo, SMBG, etc.
Le point commun entre l’ensemble des ces acteurs ? Ce sont également des régies publicitaires plus ou moins spécialisées dans l’enseignement supérieur dont une partie de leurs clients ne sont autres que les écoles qui figurent dans leurs classements.
A partir de ce constat, il est difficile de ne pas devenir suspicieux.
Des classements réalisés à partir de données fournies par les lauréats eux-même et produit par des organismes dont une partie du chiffres d’affaires dépend des écoles qui sont également leurs clients.
On comprend alors peut être mieux pourquoi le classement a été retiré lorsque certains s’en sont plaint. L’objectif aurait-il été de ne pas contrarier de grands comptes ?
Je me permets également et en toute franchise de vous partager une anecdote qui m’est arrivée il y a quelques années.. Il y a quelques années je me souviens avoir été démarché pour que notre école soit classée dans un palmarès, à la condition que nous investissions dans un produit de communication. J’ai évidemment refusé ce démarchage. La proposition d’intégrer ce palmarès a été tout bonnement annulée.
Ainsi, ce mélange des genres entre producteurs de classements et autres palmarès et l’activité de régie publicitaire, mêlé à la pratique douteuse de certains acteurs, laisse un goût amer quant à la qualité des résultats proposés.

De l’humain et de l’éthique pour évaluer et classer les écoles de commerce

Lorsque l’on parle d’orientation, d’enseignement et d’éducation, il s’agit de l’avenir d’individus, de jeunes femmes et de jeunes hommes pour la plupart.
Il serait alors intéressant de revoir la méthodologie d’évaluation des écoles en lisse afin de parvenir à des résultats que l’on pourrait juger plus impartiaux.
Parmi les pistes de réflexion, plutôt que de se fier à des chiffres directement communiqués par les candidats eux-mêmes, pourquoi ne pourrait-on pas réaliser des audits par des experts qualifiés qui se déplaceraient directement au sein des écoles.
Pourquoi ne pas réaliser des audits auprès des premiers intéressés ? Une sélection aléatoire d’étudiants par l’organisme et non pas par l’établissement pour être interrogés sur divers critères d’évaluation de leur école.
Pourquoi ne pas réaliser un audit des collaborateurs dans les services concernés par les critères d’évaluation ?
Plus complexe, le sujet de la transparence vis à vis des lauréats qui peuvent être également clients de ces mêmes régies. Ce dernier point devrait être réfléchi par les organismes pour éviter que l’on puisse soupçonner d’éventuels conflits d’intérêts.

En attendant, soyez rassuré, le classement des écoles de commerce du Figaro L’Étudiant est de nouveau disponible.

 

Sources

(1) Où est passé le classement des écoles de commerce 2020 de l’Étudiant ? :
https://business-cool.com/actualites/business-schools/classement-ecoles-de-commerce-2020-etudiant/

(2) « Le Figaro a adressé un questionnaire aux 38 écoles de commerce conférant le grade de master. » (source : https://etudiant.lefigaro.fr/etudes/ecoles-de-commerce/classement/)

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